Exégèses adolescentes 1

juillet 7, 2006

A quatorze ans, je participais à ma toute première boum. C’est Jean-François qui invitait. Je connaissais bien son appartement. C’est ici que j’avais posé les principaux jalons de mon début d’adolescence : Jets de préservatifs remplis d’eau, visionnages répétés de films pornographiques, création d’un groupe de hard-rock éphémère… Chez Jean-François, j’étais donc en terrain conquis. Tout allait bien se passer.

A l’époque, la quasi totalité de mon existence était tournée vers deux objectifs, qui brillaient comme des torches puissantes dans la nuit acnéïque de ma vie :

1. Ressembler à Kurt Cobain.
2. Sortir avec une meuf.

Explications. J’avais passé le crépuscule de mon enfance à me déguiser en André Agassi, à l’occasion de tournois de « air tennis » (une variante sans balle et en solo du tennis classique). Après avoir remporté trois Grand Chelem d’affilée dans cette discipline (record inégalé), l’adolescence pointa le bout de son nez purulent. Je décidais d’échanger le Kid de Las Vegas contre une idole plus subversive, encore plus rock ‘n roll. D’abord, je jetais mon dévolu sur Axl Rose, le chanteur des Guns ‘n Roses. Mais la tâche s’annonçait ardue. Je n’étais pas assez roux et, malgré tous mes efforts, il s’avérait quasi impossible de se procurer le mini short en spandex blanc pourtant indispensable à ma panoplie. Très vite, l’évidence s’imposait à moi : Axl Rose était encore un peu trop rock ‘n roll pour mes quatorze ans. Ainsi, j’optais pour une autre rock star du moment : Kurt Cobain. Etant brun, le défi capillaire s’annonçait tout aussi difficile à relever. Mais pour ce qui est du look, la liste de fournitures était nettement moins ambitieuse. Je laissais donc pousser mes cheveux, réformait mes raquettes et mes polos, et constituait une nouvelle garde robe de T-shirts délavés, chemises de bucheron et autres jeans troués. Le résultat n’était pas tout à fait à la hauteur de mes attentes. Epais et rebelles, mes cheveux faisaient ce qu’ils voulaient. Et malgré l’instauration du programme « Un shampoing par mois », je peinais à obtenir un carré parfaitement gras comme celui de Kurt Cobain. Ma chevelure formait plutôt une cloche difforme venant coiffer un visage encore enfantin. Régulièrement, les commerçants m’appelaient donc « Mademoiselle » et anéantissait l’embryon de virilité bien caché en moi. Et pourtant, je persévérais. Je me sentais même globalement cool.

Il était donc temps de réaliser mon second objectif : Sortir avec une meuf. Jusqu’ici, il faut reconnaître que les grands travaux n’avaient pas commencé. Tout juste avais-je furtivement embrassé une fille, lors d’un jeu intitulé « Actions, vérités ». J’étais logiquement resté sur ma faim. Après de longues séances de roulage de pelles à Panthera (ma peluche féline favorite), j’étais pourtant fin prêt. Mais il me fallait une petite copine. Ma première boum était l’occasion idéale de m’essayer aux jeux de langues avec un partenaire humain.

Les filles et les garçons les plus cool du lycée étaient présents chez Jean-François. Pour la plupart d’entre eux comme pour moi, c’était le baptême de boum. L’assistance était donc relativement mal à l’aise et maladroite. Des garçons essayaient d’ouvrir des bouteilles de bière, pendant que les filles formaient des grappes gloussantes autour des canapés. Dieu merci, j’avais réussi à dompter ma cloche de cheveux grâce au pouvoir lustrant de plusieurs tubes de Pento. Et l’ambiance montait progressivement.

Dans un coin du salon, mes meilleurs amis étaient réunis et nous discutions dans un joli brouhaha de voix qui muent. Contrairement à la plupart des convives, j’avais décidé de ne pas boire d’alcool. Je souhaitais garder le contrôle. Et comme il s’agissait ce soir de rouler un maximum de pelles, il était hors de question de risquer l’ivresse et de me priver de ce nouveau plaisir. J’avais d’ailleurs déjà repéré celle qui pourrait devenir « ma meuf ». Elle s’appelait Louise. Une jolie brune avec deux mèches violettes qui lui tombaient sur les yeux. Nous étions dans la même classe. Et quand j’avais la chance d’être assis à côté d’elle pendant tel ou tel cours, nous échangions des petits mots, qui n’avaient rien de billets doux, mais que j’estimais pourtant très prometteurs. A vrai dire, je craquais complétement pour Louise. Tout rêveur que j’étais, il m’arrivait de m’endormir en pensant à elle et à toutes les douces activités dont nous pourrions profiter une fois qu’elle serait enfin « ma meuf » : Balades romantiques au jardin du Luxembourg, roulages de pelles sur un banc public ou dans un cinéma etc. Au bout de quelques semaines, je m’imaginais déjà m’aventurant dans son soutien-gorge. Nous serions amoureux transis, Louise et moi.

Pleutre et timide, j’étais beaucoup plus audacieux dans mes rêveries que dans la vie. Alors, je décidais de passer par une intermédiaire pour faire part à Louise de mes véléités : Colombe, une amie, serait mon messager. Je la chargeais de la mission suivante : « Dis lui que je suis amoureux d’elle et que j’aimerais qu’on sorte ensemble ce soir. » Ce n’était ni très fin, ni très convaincant, mais je débutais tout juste ma carrière de séducteur et mon vocabulaire amoureux était encore très limité. Coopérative, Colombe promettait de s’exécuter, dès qu’elle en aurait l’occasion.

Entouré de ma garde rapprochée de copains, j’attendais le moment fatidique avec angoisse. Quelque part, un adolescent rotait sa première bière. Sur le balcon, Jean-François tripotait son Kobby. Plus loin, un couple entamait un coït de langues. Bientôt, ça serait mon tour. Première boum, première pelle. J’étais sur le bon chemin. Il me menait tout droit vers Louise.

Lucas, un redoublant diablement cool (comme tous les redoublants), me vantait les mérites du skateboard. Je l’écoutais avec intérêt (plus tard, je déciderai d’ailleurs de ressembler au skateur Tony Hawk), tout en gardant un oeil sur Colombe qui s’approchait de Louise. Alors que mon interlocuteur tentait de me faire comprendre les principes fondateurs du « ollie flip » (que je ne maîtriserai d’ailleurs jamais vraiment, même pendant ma période Tony Hawk), Colombe s’entretenait maintenant avec Louise. Les dés étaient jetés. Fébrile, je plaquais les pans de ma raie au milieu puis écartais Lucas pour focaliser mon attention sur l’acte crucial qui venait de commencer.

Mais là où Louise aurait du esquisser un sourire gêné puis rougir, son visage n’était que rictus traduisant un dégoût amusé. Je perdais définitivement tout espoir quand le rictus se transformait en éclat de rire. Tout était consommé. Louise ne voudrait pas de moi. Ma première boum ne serait pas le théâtre de ma première amourette.

« Le week-end dernier, j’ai ridé un spot trop puissant avec des potes. » Lucas continuait son topo sur le skate. Mais je ne l’écoutais plus. Je n’entendais que mon coeur qui gueulait sa déception encore et encore. Colombe s’approchait de moi. « Je suis désolée… », dit-elle. Fier, je lui répondais : « M’en fous. De toute façon, j’ai déjà une meuf… » Elle me prit doucement dans ses bras, sans rien dire. Je ne souhaitais plus rien d’autre que m’en aller et ne penser à rien, écouter des musiques tristes et m’endormir à jamais. Je voulais me raser la tête et redevenir un enfant.

Reprenant mes esprits, j’annonçais à mes amis qu’une autre fête m’attendait et qu’il me fallait les abandonner maintenant. Un prétexte que j’utiliserai ensuite régulièrement, toute au long de ma vie, pour échapper à des mondanités ennuyeuses. Mon annonce ne manqua pas d’impressionner tout le monde et même Lucas, le redoublant. Deux fêtes dans une soirée, ça en jette quand on a quatorze ans. Devant la porte, je croisais le regard de Louise qui, elle, savait qu’aucune autre boom ne m’attendait ailleurs. Qui, elle, savait que je fuyais pour éclipser mon premier coeur brisé.

Une Réponse à “Exégèses adolescentes 1”

  1. adri a dit

    je ne laisse generalement pas de message apres avoir lu ce genre de textes..mais ton histoire est plutot touchante alors je voulais te laisser qqes conseils : on est tous passé par là …alors ne te fais pas de soucis, on a tous galeré a ton age…j ai mis personellement bcp de tps car a seize ans je preferais mettre des calbotes aux filles que glisser ma main dans des endroits plus sensibles …. il faut se laisser le temps d etre pret crois moi et ne pas etre pressé meme si l idée ronge qd on ne connais pas la chose ….. n essaye pas de ressmbler a des vedettes , soi en une en etant toi meme avec tes qualités et tes defauts …et si ton exegese (te) parait bien sombre au crepuscule de ton adolescence, ta sensibilité palpable te promettra un avenir brillant et certain, apres de longs efforts et investissements, la vie ne s obtient qu a ce prix

    -AB-

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