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	<title>Shlomo di Metro</title>
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		<title>Shlomo di Metro</title>
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		<title>Profils bas et arythmies intimes</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Oct 2006 12:50:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Shlomo di Metro</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[C&#8217;est un matin qui va trop vite. Comme tous ces matins qui vont trop vite, un homme costumé écrase une première clope du coin de son soulier verni. Un sourire carnassier naît tout près d&#8217;un téléphone portable. Les bouches de métro vomissent des fonctionnaires rêvant déjà le soir. Une petite femme presse le pas : [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=19&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-bottom:0;">C&#8217;est un matin qui va trop vite.<br />
Comme tous ces matins qui vont trop vite, un homme costumé écrase une première clope du coin de son soulier verni. Un sourire carnassier naît tout près d&#8217;un téléphone portable. Les bouches de métro vomissent des fonctionnaires rêvant déjà le soir. Une petite femme presse le pas : ses escarpins torturés rappellent tous ces petits matins passés à se presser. Oui, c&#8217;est un petit matin qui va trop vite. Un tout petit matin qui ne peut que filer beaucoup trop vite. Un tout petit matin où les destins s&#8217;ignorent, supersoniques et vifs.<br />
La rue fourmille. Les centres s&#8217;animent. Les réseaux se réaniment. Quelque part, un enfant ouvre un oeil sur le monde. Un couple opère l&#8217;éphémère divin de l&#8217;étreinte.<br />
« Vite, à la douche ! », « Je suis déjà à la bourre&#8230; », « A ce soir. »<br />
Dans une rue condamnée à fourmiller, tu montes tes yeux vers le ciel.<br />
Ce matin, il n&#8217;y avait personne pour te baiser au réveil. Personne pour tartiner un petit déjeuner pour toi, pendant que tu frottes un pain de savon contre tes aisselles. Personne pour te souhaiter une bonne journée. Alors tu es partie parce qu&#8217;il le fallait bien. Parce que tu pars souvent comme ça, automatique, téléguidée. Mais le petit robot est plein de paradoxes. Parfois, au petit matin, les circuits de son programme interne dégoulinent doucement. Et ses yeux montent vers le ciel.<br />
Peut-être parce qu&#8217;il n&#8217;y avait personne ce matin pour réveiller ton derme avant tes yeux. Personne pour remonter le drap sur une épaule encore chaude des mondes rêvés. Ca fait longtemps qu&#8217;il n&#8217;y a plus personne.<br />
Alors le petit robot se met en marche. Les blessures se referment plus vite quand on est un robot. D&#8217;ailleurs, les robots n&#8217;ont besoin de personne. Les robots sont automatiques. Toi, tu es un petit robot. Un petit robot qui parfois monte ses yeux vers le ciel.<br />
Ce n&#8217;est qu&#8217;un matin qui va trop vite. Mais tes yeux montent déjà vers le ciel.<br />
Aujourd&#8217;hui, la vie va continuer, perfectible, implacable. Par moments, tu ne répondras pas à ceux qui t&#8217;apostropheront. Tu fermeras les yeux, souvent. Je crois même que tu soupireras. Tu vas rire douze fois aujourd&#8217;hui, petit robot. Mais tu ne riras vraiment que quatre. Le reste du temps, tu vas rêver parce que tu ne sais rien faire d&#8217;autre. Et parce qu&#8217;il faut bien occuper le reste du temps. Tu es un petit robot après tout. Tes rêves aussi sont téléguidés. Parfois, ils s&#8217;égarent. Mais ils reviennent toujours à leur point de départ. En général, c&#8217;est le moment que tes yeux choisissent pour monter vers le ciel.<br />
Le soir, tu vides la carte de ton passé. Tu purges ton inner-self de ses mémoires. Tu craches la bile de ton être. Parce que ton disque est trop dur et trop plein, petit robot. Parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas de mot sur la table du salon. Il n&#8217;y a pas de regards bienveillants dans lesquels s&#8217;oublier. Non. Mais tu connais la parade mon petit robot. Tu la connais par coeur. Elle est dans les récits de gueules cassées. Elle est dans les harmonies qui dissonent et qui crient, rien que pour toi. Ta parade est dans ce coup de poignet, dans ce trait qui te perd. Mon petit robot, il a fallu que le soir vienne pour que tu te réveilles enfin.<br />
Là, je t&#8217;ai vu technologique, décompressée et vraie, perdue dans les pages qui tournent, dans les boutons qui font « Play », dans les clics introspectifs. J&#8217;ai vu tes yeux se poser sur la nuit d&#8217;un jour passé beaucoup trop vite.<br />
Repose toi maintenant petit robot. Essaie de rêver encore un peu. Reste bien au chaud. Oublie s&#8217;il te plaît. Abandonne.<br />
Demain, je voudrais te voir au petit matin. J&#8217;aimerais voir tes yeux monter vers le ciel, mon petit robot.<br />
J&#8217;aimerais souffler dans ton oreille. J&#8217;aimerais te réveiller pour la première fois.</p>
<p style="margin-bottom:0;">&nbsp;</p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/shlomodimetro.wordpress.com/19/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/shlomodimetro.wordpress.com/19/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/shlomodimetro.wordpress.com/19/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/shlomodimetro.wordpress.com/19/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/shlomodimetro.wordpress.com/19/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/shlomodimetro.wordpress.com/19/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/shlomodimetro.wordpress.com/19/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/shlomodimetro.wordpress.com/19/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=19&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Crash-test pour une robotique sexuée</title>
		<link>http://shlomodimetro.wordpress.com/2006/10/12/crash-test-pour-une-robotique-sexuee/</link>
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		<pubDate>Thu, 12 Oct 2006 14:07:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Shlomo di Metro</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[You&#8217;re so sweet, your smile, your pussy and your bones. Emy is beautiful, like modern architecture. Sa peau à granulométrie faible, ses seins pleins, une rangée de dents comme un éclair qui fend la nuit, l&#8217;été. Emy is cute like a baby strawberry, but she&#8217;s a woman made of sweat. Emy knows all the perfect [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=18&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-bottom:0;"><em>You&#8217;re so sweet, your smile, your pussy and your bones.</em></p>
<p style="margin-bottom:0;">Emy is beautiful, like modern architecture. Sa peau à granulométrie faible, ses seins pleins, une rangée de dents comme un éclair qui fend la nuit, l&#8217;été. Emy is cute like a baby strawberry, but she&#8217;s a woman made of sweat. Emy knows all the perfect moves to ma petite mort. I&#8217;d do her. Twice. And i&#8217;d fall in love with her in the end. Forever. Elle me tournera enfin le dos et me laissera mi-comblé, mi-squelette.</p>
<p style="margin-bottom:0;"><em>Guy : Let me think&#8230;<br />
Girl : Think about what ?<br />
Guy : About girls.<br />
Girl : And what else ?<br />
Guy : And money and new clothes.<br />
Girl : And what do I get ?<br />
Guy : Thirty nights of violence and sugar to love.</em></p>
<p style="margin-bottom:0;">Emy is the body of a pretty little machine. Un organisme malin qui ne résiste qu&#8217;à sept mots. And I know the path to her intimate spot. I have the key to Emy. Je suis le programmeur en chef et j&#8217;organise le binaire jusqu&#8217;à ma délivrance.<br />
But Emy, it&#8217;s so hard to use those lines ending up deep inside of you. It&#8217;s like telling a vacant poem, again and again. It&#8217;s like having this door open. And it leads to a slope covered in soft grass. The door is foam and it&#8217;s heavy like lead. Inside you&#8217;re singing of golden memories. Mais après toi Emy, il faudra toujours que je suture mes idées, que je remette en ordre mes tronçons vertébraux. Pour revenir, humain.</p>
<p style="margin-bottom:0;"><em>Come here, closer to the lung.</em></p>
<p style="margin-bottom:0;">I&#8217;m starving for you Emy. Je veux sonder ton corps sans jamais toucher son noyau. Because you know one is empty until another one comes inside. I want you to keep coming Emy. Je veux imprimer mon code sur tes tous petits circuits. Jusqu&#8217;à ce que tu craches ton écume sombre et numérique.</p>
<p style="margin-bottom:0;"><em>You&#8217;re sweet, but i&#8217;m tired of proving this love.</em></p>
<p style="margin-bottom:0;">I&#8217;m caught in a circle. Mes vaisseaux capillaires se tordent et puis se vident. Dark oil is burning my eye balls. But everyone is drowning except you.<br />
I can&#8217;t afford you Emy. Tout était tellement creux à l&#8217;intérieur de ta coquille. Il n&#8217;y avait rien pour moi.</p>
<p style="margin-bottom:0;"><em>(Deftones – Mx)</p>
<p></em></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/shlomodimetro.wordpress.com/18/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/shlomodimetro.wordpress.com/18/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/shlomodimetro.wordpress.com/18/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/shlomodimetro.wordpress.com/18/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/shlomodimetro.wordpress.com/18/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/shlomodimetro.wordpress.com/18/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/shlomodimetro.wordpress.com/18/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/shlomodimetro.wordpress.com/18/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=18&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Exégèses adolescentes 3</title>
		<link>http://shlomodimetro.wordpress.com/2006/08/29/exegeses-adolescentes-3/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Aug 2006 12:31:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Shlomo di Metro</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Par définition, on ne décide pas d&#8217;être cool. Un jour, on le devient. L’apprentissage est instinctif, un peu comme celui d&#8217;une danse par exemple. On peut s&#8217;agiter longtemps, sans être dans le tempo, sans faire les bons mouvements. On peut observer les autres, ceux qui dansent bien, sans cela garantisse aucunement la réussite. Et puis, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=17&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal"><span>Par définition, on ne décide pas d&#8217;être cool. Un jour, on le devient. L’apprentissage est instinctif, un peu comme celui d&#8217;une danse par exemple. On peut s&#8217;agiter longtemps, sans être dans le tempo, sans faire les bons mouvements. On peut observer les autres, ceux qui dansent bien, sans cela garantisse aucunement la réussite. Et puis, à un moment précis, les choses se mettent en ordre, les pas s&#8217;agencent. On est entré dans la danse.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>A quinze ans, je n&#8217;étais pas encore un adolescent cool. Pourtant, je faisais de mon mieux. J&#8217;écoutais de la bonne musique, j&#8217;étais même plutôt calé sur les meilleurs groupes de la vague grunge (Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden and co.). Avec un ami, j&#8217;avais créé un groupe de hard rock ce qui devait, en théorie, augmenter de manière significative mon Q.C. (mon Quotient Coolitude). Malheureusement, j&#8217;étais ralenti par deux handicaps sérieux. Un : J&#8217;étais un bon élève. Les 16/20 en Histoire-Géo, ça plombe la crédibilité d&#8217;une rock-star. Deux : Je n&#8217;avais aucun succès avec les filles. Et une rock-star sans un essaim de groupies halucinées, c&#8217;est un rock-star ratée. En gros, j&#8217;étais mal barré pour devenir le king du lycée.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>En classe de seconde, madame Ravanel, professeur d&#8217;italien, avait organisé un voyage à Venise. Par je ne sais quel hasard étrange, les élèves les plus cool du lycée apprenaient l&#8217;italien. Il y avait François, un grand type qui parlait aux filles avec une aisance profondément déconcertante. Il y avait Benjamin, le pote de François, qui<span>  </span>marquait des buts en rafale pendant les cours de sport. Il y avait aussi Olivia, une petite blonde au sourire niais, qui semblait tenir le rôle de muse de la bande. Et puis il y avait Louise. C&#8217;était quelque chose Louise. Elle était drôle et belle, et ça devrait suffir à la décrire. Louise était parfaite. Coup de bol : moi aussi je faisais de l&#8217;italien.<br />
Un groupe d&#8217;une vingtaine d&#8217;élèves s&#8217;était donc retrouvés à la gare de Bercy pour prendre le train de nuit qui devait nous conduire jusqu&#8217;à Venise. Au moment de monter dans la voiture-couchette, il y avait eu un moment d&#8217;intense excitation. C&#8217;était le moment du choix des compartiments. Certaines filles se tenaient par la main, pour être sûres de ne pas être séparées. Des garçons se précipitaient dans le couloir de la voiture, pour réserver leurs places. Il n&#8217;y avait que six lits par box, alors il fallait jouer serré, choisir le bon groupe, sacrifier sans états d&#8217;âmes les demi-potes et avoir un peu de chance aussi. La composition des compartiments allait être déterminante pour la suite du voyage. C&#8217;était l&#8217;évidence même.<br />
Pourtant, sur le quai, j&#8217;étais résigné. Parce que je ne savais pas à quelle bande me rattacher, parce que la manoeuvre me semblait aléatoire et d&#8217;une complexité extrême. C&#8217;est pour ça que j&#8217;escaladais le marche-pied du train après la quasi-totalité du groupe. Je m&#8217;installerai là où il y aurait de la place. E basta cosi.<br />
Dans le couloir, je jetais un oeil au premier compartiment et effectuais un audit des forces en présence. C&#8217;était exclusivement des élèves de première. En tant que seconde, je n&#8217;avais aucune chance de m&#8217;y faire des potes. Je continuais donc ma route. Deuxième compartiment : Trois filles de ma classe, dont une assez jolie. Un type aux cheveux longs suspendu au porte-bagage. Et le cousin de la jolie fille, un grand brun au visage carré. Il y avait une place libre. Ce compartiment pouvait ressembler à un bon point de chute. Problème : Le costaud portait un polo de rugby. Et s&#8217;il était costaud, c&#8217;est parce qu&#8217;il pratiquait effectivement le rugby. Une des filles, pas la plus jolie, demandait alors : « Tu veux venir avec nous ? » Le chevelu sortait alors la tête par la fenêtre en hurlant un puissant « Aaaaaarrrrghhh ! » Ma décision était prise : « Euh nan, j&#8217;ai des potes qui m&#8217;attendent plus loin. » Troisième compartiment : Cinq mecs. Tout en haut, un blond filiforme qui n&#8217;avait jamais moins de 16/20 en maths. Tout en bas, Gilles, un petit gros rigolo penché sur une Game Boy. Entre les deux, des binoclards dont l&#8217;un feuilletait le magazine « Console Plus ». Enveloppant le tout, une odeur pestilentielle de poils qui poussent à toute vitesse. C&#8217;est donc mu par un instinct de survie violent que je me précipitais sur le quatrième compartiment. Je tirais la porte coulissante à moitié close. A l&#8217;intérieur, les rideaux étaient tirés et la lumière éteinte. Je ne distinguais que des masses sombres, allongées sur les couchettes. Et puis une voix dit : « Qu&#8217;est-ce que tu fais là ? » C&#8217;était la voix de François. Mes yeux maintenant habitués à l&#8217;obscurité, je pouvais opérer un rapide scan du compartiment. En haut, Benjamin et Olivia. Juste à ma droite, Louise faisant face à François. En bas, Mathilde, une petite brune qui avait ses entrées dans la bande cool, sans pour autant faire partie du carré magique. Et en face d&#8217;elle, une couchette vide. Quelque part, un super héros avait visiblement décidé de me filer un coup de main. François réitérait alors sa question. Déterminé à honorer le miracle qui venait de se produire, je prononçais la toute première phrase cool de mon existence : « Y&#8217;a plus de place dans le wagon, alors je vais squatter ici. » Ma sentence n&#8217;appelait ni objection, ni réponse. Je l&#8217;appuyais en m&#8217;écroulant de la manière la plus cool possible dans la couchette libre. François restait muet. J&#8217;avais gagné. Le Grand Gourou était convaincu. J&#8217;engrangeais 250 points de Q.C. d&#8217;un coup. Et Louise allait respirer toute la nuit le même air que moi.<br />
Pendant le trajet, il se produisait une série d&#8217;événements étonnants. D&#8217;abord, François m&#8217;adressait la parole, et ce à plusieurs reprises. Je parvenais à glisser dans la conversation quelques mots à propos de mon groupe, ce qui semblait l&#8217;intéresser sincèrement. Je marquais un deuxième point essentiel en prétendant me débrouiller plutôt pas mal en skateboard. Ce qui était complétement faux, mais efficace. Benjamin lui se montrait moins impressionné que François. De temps en temps, il se moquait de moi en imitant ma voix qui muait. Je le laissais faire, comprenant que cette dose d&#8217;humiliation faisait partie du contrat qui permettait mon entrée dans la bande cool. En sus, François ne riait pas aux blagues de Benjamin. La protection ainsi assurée par le Grand Gourou me permettait de n&#8217;avoir que faire des moqueries de son sous-fifre. Louise, elle, ne m&#8217;adressait jamais la parole. Mais le fait qu&#8217;elle puisse parfois poser son regard sur moi était une première étape déjà considérable dont je me contentais.<br />
C&#8217;est alors que le super héros qui veillait sur mon destin décidait de se manifester à nouveau. A un point avancé de la nuit, Mathilde venait s&#8217;installer dans ma couchette. Elle posait même sa tête sur mon ventre, en chuchotant : « Je t&#8217;aime bien ». J&#8217;étais alors immédiatement saisi d&#8217;une trouille monumentale. Primo, j&#8217;étais dans le compartiment le plus cool du train. Secondo, une fille semblait s&#8217;intéresser à moi, allant jusqu&#8217;à opérer un contact physique superficiel mais volontaire avec mon enveloppe corporelle. C&#8217;était beaucoup trop. Je passais donc le reste de la nuit pétrifié, priant mon super héros de m&#8217;oublier le temps que les battements de mon coeur retrouvent un rythme normal. Je frisais pourtant l&#8217;infarctus quand j&#8217;entendais Benjamin rejoindre Olivia dans sa couchette et pousser d&#8217;étranges râles.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Pendant le séjour, je passais la plupart de mon temps avec la bande cool. J&#8217;étais même relativement bien intégré. François continuait à s&#8217;intéresser à moi. Il me proposait même d&#8217;aller faire du skateboard avec lui, dès que nous serions rentrés à Paris. J&#8217;acceptais avec une désinvolture apparente. Tout en échaffaudant en mon for intérieur des plans pour apprendre à maîtriser une planche à roulette en moins de quarante-huit heures. Plus important, sa proposition m&#8217;assurait de continuer à cotoyer le mec le plus cool de la bande la plus cool du lycée. Alors j&#8217;étais prêt à presque tous les sacrifices, y compris celui de me rouler sur le bitume après un trick de skate loupé.<br />
Mais, autant avais-je réussi à établir une relation cordiale voire amicale avec le roi de la bande, autant sa reine de coeur se montrait intouchable. Louise semblait vivre dans un donjon auquel elle n&#8217;aurait même pas imaginé me ménager un accès. Elle n&#8217;en était que plus désirable. Un jour, sous les arcades de la place San Marco, Louise racontait une prodigieuse histoire, tout en fumant une cigarette légère. Quelques jours avant de partir pour l&#8217;Italie, elle était allée dans une boîte de nuit. Avec un sens de la narration certain, ma madonne <span>expliquait</span> avoir dansé pendant l&#8217;intégralité d&#8217;une nuit sur de la musique disco. Son récit était passionnant : il regorgeait de coupes de champagne, de Djs, de filles déchaînées, de types qui ne marchaient pas droit et qui fumaient des cigares. A l&#8217;intérieur de la boîte de nuit, Louise racontait qu&#8217;il était impossible de tenir une conversation. La musique était tellement puissante qu&#8217;il fallait hurler dans l&#8217;oreille de son interlocuteur pour se faire comprendre. Ce qui, elle s&#8217;empressait de le préciser, favorisait grandement les rapprochements. D&#8217;ailleurs, Louise révélait à son auditoire captivé qu&#8217;elle avait rencontré un garçon ce soir là. Un garçon de dix-neuf ans. Dix-neuf ans ! J&#8217;imaginais alors un bellâtre avec de la moustache, de la vraie moustache dure, pas du duvet. J&#8217;étais abasourdi. Certes, mon coeur se craquelait un peu d&#8217;imaginer Louise avec un autre garçon. Mais par dessus tout, je comprenais que Louise, ma Louise, était une aventurière. Elle faisait partie de la caste avant-gardiste des jeunes gens qui vont en boîte de nuit à quinze ans. François concluait le récit en s&#8217;adressant à Lousie : « On retournera aux Planches le week-end prochain si tu veux. » C&#8217;était sûrement un code entre eux qui devait annoncer une nouvelle soirée en boîte de nuit. « Chan-mé », répondait Louise dans un verlan parfaitement controlé. J&#8217;étais conquis, mais salement amoureux.<br />
Néanmoins, je n&#8217;étais pas contre l&#8217;idée de me consoler dans les bras de Mathilde, ma première demi conquête. Louise était encore au dessus de mes moyens, et il fallait bien que je m&#8217;exerce avant d&#8217;envisager séduire la perfection incarnée dans le corps d&#8217;une fille de quinze ans. Malheureusement, Mathilde avait l&#8217;amourette lunatique. Un jour, elle me prenait la main alors que nous visitions le<b> </b><span>Palais des Doges</span>. Mais quelques heures plus tard, elle s&#8217;éloignait durablement de moi. Avant de me reprendre éventuellement la main au bord du grand Canal le lendemain. C&#8217;était ainsi. Mathilde décidait. Elle était avec moi quand elle le désirait. Et je n&#8217;avais pas grand choix, tout débutant que j&#8217;étais dans les affaires sentimentales. </span></p>
<p class="MsoNormal"><span>L&#8217;avant dernier jour du voyage allait être inoubliable. Alors que nous marchions en groupe sur le pont du Rialto, Benjamin s&#8217;approchait de moi, menaçant. Jusqu&#8217;ici, il m&#8217;avait épargné, trop occupé qu&#8217;il était à évaluer le goût précis des ganglions d&#8217;Olivia. Ce jour là pourtant, Benjamin décidait de faire un tout autre usage de sa langue. Il décidait de persiffler : « Hey clarinette ! » (C&#8217;est comme ça qu&#8217;il m&#8217;appelait, rapport à ma voix pas encore tout à fait posée.) « T&#8217;as fini de te la jouer et de t&#8217;incruster avec nous ? »<br />
C&#8217;était la pire apostrophe que je pouvais imaginer. Parce qu&#8217;elle remettait en question frontalement mon intégration à la bande cool. C&#8217;était terrible. J&#8217;allais tout perdre si je ne trouvais pas une bonne riposte sur le champ. D&#8217;un rapide coup d&#8217;oeil, je cherchais de l&#8217;aide auprès de François. Mais le Grand Gourou ne semblait pas décidé à intervenir. Il observait seulement. Plus grave, Louise était à ses côtés, attentive également à la tragédie en cours. Alors je mobilisais l&#8217;intégralité de mes points de Q.C. rudement glanés ces derniers jours. Et je formulais la réponse suivante : « Et toi Benjamin, t&#8217;as pas bientôt<span>  </span>fini d&#8217;incruster ton ADN dans cette pauvre Olivia ? Si ça continue, elle va nous pondre un mutant d&#8217;ici neuf mois&#8230; » Il y eut un moment de flottement pendant lequel je doutais de l&#8217;issue de la joute verbale. Jusqu&#8217;au moment où j&#8217;entendis un rire cristalin monter dans le ciel vénitien. C&#8217;était celui de Louise. Bientôt suivi de celui de François puis de tous ceux qui autour de nous avaient assisté à la scène. Pour la toute première fois, je me sentais voler doucement au dessus de la mêlée. Là haut, tout là haut, je voyais Benjamin rebrousser chemin et s&#8217;en aller penaud. Je revenais ensuite sur terre, vainqueur.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Le soir, une petite fête était organisée dans la chambre de François et Benjamin. Il y avait quelques bouteilles de bière, un peu de musique et une sélection des gens les plus cool du groupe. Docile, Benjamin me foutait désormais la paix. Plus surprenant, le chevelu aperçu dans le train au moment du départ avait obtenu un ticket pour cette petite sauterie. Sûrement grâce à ses cheveux qui, il fallait le reconnaître, constituait un gage certain de coolitude. Jean-François, c&#8217;était son prénom, allait d&#8217;ailleurs frapper un grand coup ce soir là. A un moment de la nuit, il rotait un peu de bière puis demandait : « Ca vous dit de fumer ? » Les cigarettes me dégoûtaient, malgré les points de Q.C. qu&#8217;elles rapportaient à ceux qui les fumaient. François se montrait nettement plus intéressé : « T&#8217;as du matos ? » Là, je me trouvais franchement largué, probablement à cause des bières. Néanmoins, je comprenais que quelque chose d&#8217;important se tramait, un événement exigeant toute ma concentration allait probablement se produire. Jean-François extirpait alors de sa chaussette ce que j&#8217;identifiais d&#8217;abord comme un petit bout de bois. En y regardant de plus près, ça ressemblait plutôt à un petit bout de merde séchée. Mais franchement, je ne voyais pas trop l&#8217;intérêt de se ballader avec un mini étron dans ses pompes. Surtout pour le fu&#8230;. ! Ok. D&#8217;accord. J&#8217;avais compris. C&#8217;était donc un morceau de shit. J&#8217;en avais déjà entendu parlé. Soit par des potes redoublants, comme d&#8217;une substance magique qui éveillait les sens. Soit par maman, comme d&#8217;un truc qui ressemblait d&#8217;assez près à Satan. Mais jamais je n&#8217;en avais vu. Jean-François s&#8217;affairait alors l&#8217;espace d&#8217;un quart d&#8217;heure avant de présenter un petit cône aux convives. Que fallait-il faire ? Jamais je n&#8217;avais fumé la moindre cigarette, alors un joint. Si je tirais comme tout le monde une bouffée, allais-je perdre la tête pour l&#8217;éternité ? Si je refusais, allais-je perdre mon statut de mec en voix de coolisation ? Ce qui était certain, c&#8217;est qu&#8217;il ne fallait pas entâcher mon éclatante victoire de l&#8217;après-midi. Après avoir été diablement cool face à Benjamin, je ne pouvais pas, d&#8217;un coup d&#8217;un seul, redevenir le petit garçon sage et timide que j&#8217;étais avant de monter dans le train. Il fallait que je continue à soigner mon aura naissante. Et dans le même temps, je refusais de me retrouver six mois plus tard à Katmandou, une seringue plantée dans le bras. Maman n&#8217;aurait pas supporté.<br />
Alors, quand Mathilde me tendait finalement le joint, j&#8217;avais pris ma décision. Je faisais semblant d&#8217;aspirer la fumée, tout en prenant garde de ne rien avaler. Pour camoufler la supercherie, je simulais une toux violente en passant le joint à mon voisin. Ayant repris mon souffle, j&#8217;ajoutais même : « C&#8217;est de la bonne ! » C&#8217;était sûrement de trop, mais mes camarades semblaient de toute façon beaucoup trop occupés à lutter avec leurs neurones pour s&#8217;inquiéter de l&#8217;autheticité de ma déclaration. Très vite, presque tout le monde s&#8217;endormait même. Mathilde, les yeux mi-clos, regardait la télévision. Elle n&#8217;avait pas l&#8217;air d&#8217;humeur à me caresser la main. Et Louise, parfaitement belle et apaisée, dormait sur le lit de François. Alors je quittais la boum en fin de vie, franchement circonspect quant aux effets du shit. </span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Dans le couloir, alors que je rejoignais ma chambre, je tombais nez à nez avec une fille. Une assez jolie fille. Mon sang ne faisait qu&#8217;un tour. C&#8217;était Nathalie du deuxième compartiment à Paris. Elle était seule, sans son garde du corps rugbyman. Maintenant que j&#8217;étais officiellement un mec cool, je n&#8217;avais pas le droit de fermer les yeux sur cette nouvelle manifestation de mon super héros perso.<br />
Pendant deux heures, nous discutions du voyage qui était en train de s&#8217;achever. Nathalie avait adoré Venise. Les gondoles, l’île du Lido, les vaporetti et l’église San Giorgio Maggiore. « C&#8217;est une ville si romantique », avait-elle dit. Je prenais alors mon courage à deux mains et choisissait ce moment pour embrasser la toute première fille de ma vie. Encore plus tard, après une délicieuse séance de ronds de langue, je la raccompagnais jusqu&#8217;à la porte de sa chambre, derrière laquelle ronflait son molosse de cousin. Puis je titubais jusqu’à mon lit, chancelant sous le poids de vagues et des vagues d&#8217;euphorie.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Le lendemain, alors que nous prenions le train du retour vers Paris, je choisissais sans hésiter le compartiment de Nathalie. Dans le couloir, Benjamin m&#8217;apercevait et s&#8217;empressait de gueuler : « Alors Nathalie, tu vas jouer de la clarinette ce soir ! » Très calme et définitivement cool, je décidais de laisser glisser cette mauvaise blague vers l&#8217;oubli.</span></p>
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		<title>Précis de liqueurs amoureuses</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Aug 2006 12:00:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Shlomo di Metro</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[« J&#8217;estime la chasteté, la sainteté, l&#8217;innocence ; je crois au don des larmes, et à la prière du coeur. » Michel Houellebecq Emma avait mon âge. Elle se passionnait pour les chaises des années cinquante et les poèmes de Jacques Prévert. Elle aimait les peintures de Klimt et les belles choses en général. La décoration de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=16&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal"><span><i>« J&#8217;estime la chasteté, la sainteté, l&#8217;innocence ; je crois au don des larmes, et à la prière du coeur. »</i><br />
Michel Houellebecq</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Emma avait mon âge. Elle se passionnait pour les chaises des années cinquante et les poèmes de Jacques Prévert. Elle aimait les peintures de Klimt et les belles choses en général. La décoration de son studio était mignonne, tout était bien rangé. Dans ses carnets intimes, il y avait sûrement des petits dessins de nounours et des écritures rondes. Emma vivait dans une bulle en forme de coeur. Pour ça, je l&#8217;avais tout de suite aimée.<br />
Nous nous étions rencontrés dans un bar qui sentait la bière, un samedi soir. Emma était avec une amie, plus grande, plus blonde et globalement plus belle qu&#8217;elle. J&#8217;étais avec François et je sentais la bière. J’avais remarqué Emma parce qu’elle souriait et buvait du Coca. Mais c&#8217;est François qui s&#8217;était chargé de rapprocher nos deux binomes. Très vite, il avait concentré son attention sur la grande blonde finissant même par l&#8217;embrasser. Pendant ce temps, Emma riait à presque toutes mes blagues, ce qui me suffisait largement. A la fin de la soirée, François s&#8217;éclipsait avec sa conquête. Et moi, j&#8217;emportais le numéro de téléphone d&#8217;Emma, simplement heureux d&#8217;avoir rencontré une fille qui me plaisait.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Emma venait de Suisse. Elle avait emménagé à<span> </span>Paris après avoir obtenu un stage de six mois chez un designer de meubles réputé. Régulièrement, nous nous promenions ensemble dans Paris. A chaque coin de rue, je lui racontais une histoire ou lui montrais un bâtiment particulier. Toujours, elle ouvrait de grands yeux et soulignait un détail que je n&#8217;avais jamais remarqué. Emma souriait aux mendiants et s&#8217;attirait naturellement la sympathie des boulangères.<br />
A chacune de nos entrevues, je choisissais un beau moment pour essayer d&#8217;embrasser Emma. En novembre, alors qu&#8217;un soleil froid tombait sur le jardin du Luxembourg, elle évitait ma première tentative. En décembre, elle esquivait un de mes baisers alors que nous buvions un chocolat chaud près de l&#8217;Hôtel de Ville. Et juste avant Noël, Emma tournait la tête une nouvelle fois après une balade glacée autour du Sacré Coeur. Jamais je ne lui en voulais. Au contraire même, plus Emma fuyait mes baisers, plus je comprenais qu&#8217;elle méritait ma peine et ma patience.<br />
Un samedi soir de janvier, j&#8217;embrassais Emma sur la bouche, rue de Verneuil dans le septième arrondissement. Elle me serrait très fort contre elle et je respirais son manteau comme un trésor longtemps convoité et enfin mien. Dans ses bras, j&#8217;avais trouvé un espace où déposer mon bonheur, sans conditions. Nous dormions même blottis l&#8217;un contre l&#8217;autre. Et le lendemain, à l&#8217;heure du café, nous n&#8217;étions que sourires, les synapses saoûlées à la sérotonine. C&#8217;était franchement bon signe. Comme si le temps passé ensemble jusqu&#8217;à ce matin là avait imprimé sur notre début d&#8217;histoire une saveur encore plus raffinée. Nous étions à l&#8217;orée d&#8217;une belle histoire, c&#8217;était certain.<br />
Ensemble enfin, nous partagions nos vies. Emma cuisinait des pâtes en forme de lettres. Pendant que je dévorais l&#8217;alphabet tout entier, elle écrivait « Je t&#8217;aime » au bord de son assiette. Je réussissais même à me faire accepter de Mimine, un chat pas très commode, le chat d&#8217;Emma. Souvent, nous regardions un film de Tim Burton avant de faire l&#8217;amour. Au moment de jouir, Emma fermait les yeux et souriait. Son corps se tendait dans le prolongement de mon extrêmité. Ensuite, elle explosait en mille morceaux puis rallumait enfin un regard apaisé sur moi. Un jour, alors que le petit matin jetait son ombre bleue dans le studio d&#8217;Emma, elle me racontait son plaisir : « C&#8217;est comme si une porte pleine de lumière s&#8217;ouvrait en moi. »</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Un week-end, nous décidions de rendre visite aux parents d&#8217;Emma, à Lausanne. Nous étions tous les deux anxieux car nous allions présenter notre bulle, la soumettre à un regard extérieur. Dans le TGV, Emma s&#8217;était endormie contre mon épaule après avoir lu quelques pages d&#8217;un roman populaire de Patrick Süskind. Sur les conseils de mon frère, j&#8217;entamais pour ma part « Extension du domaine de la lutte » de Michel Houellebecq. Alors qu&#8217;Emma ronronnait contre moi, je plongeais doucement, quelque part entre Mâcon et Genève.<br />
Notre week-end à Lausanne se passait merveilleusement bien. Les parents d&#8217;Emma formaient un couple vieillissant mais très visiblement heureux. Sa maman était enseignante, son papa ingénieur. Ils semblaient vivre en bonne intelligence. Emma retrouvait aussi Noisette, le chien aujourd&#8217;hui boiteux qui avait accompagné son enfance. La journée, nous découvrions la ville sous un beau soleil printanier. Emma me montrait du doigt les débris de fossiles incrustés dans la molasse dans laquelle est construite la cathédrale de Lausanne. Près de l’esplanade de Montbenon, elle achetait un paquet de bonbons roses, « des bonbons pour les amoureux », expliquait-elle. Sur l’emballage, il était écrit « Kiss ».  De retour à la maison, la maman d&#8217;Emma s&#8217;affairait dans la cuisine, s&#8217;assurant toujours de notre confort. Son papa lui souriait derrière un journal. Il me prenait même à part pour lever un coin de voile sur sa collection de voitures miniatures de la marque anglaise Dinky Toys. Il me montrait notamment un très beau modèle de camionnette de vitrier, avec un tout petit carreau. Le soir, autour d&#8217;une soupe aux vermicelles,<span>  </span>les parents d&#8217;Emma distillaient d&#8217;habiles conseils pour notre embryon de couple, ce qui nous faisait tous les deux rougir.<br />
Ensuite, nous faisions l&#8217;amour en silence dans la chambre d&#8217;enfant d&#8217;Emma. Puis elle me glissait le plus sincère des « Je t&#8217;aime » avant de s&#8217;endormir. Je découvrais une extase jamais auparavant imaginée. Et sincère, j&#8217;envisageais pour la première fois d&#8217;aimer la même femme jusqu&#8217;au bout de ma vie. Cette nuit là aussi, j&#8217;achevais la lecture d&#8217; « Extension du domaine de la lutte ». Au passage de la mort de Tisserand, je pleurais une grosse goutte de compassion, prenant garde de maîtriser mon sanglot pour ne pas réveiller Emma.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>De retour à Paris, je me précipitais dans un supermarché culturel pour faire l&#8217;acquisition des « Particules élémentaires » et d&#8217;un recueil de textes et de poésies de Michel Houellebecq, intitulé « Rester Vivant ». En l&#8217;espace de quelques soirées, je dévorais les opuscules. Au fil des pages, je ne rencontrais ni publicitaires cocaïnés ni pétasses new yorkaises à gueules de diable. Non, chez Houellebecq, il n&#8217;y avait que des gens que l&#8217;on pouvait croiser dans le métro. L&#8217;auteur disséquait le ventre mou de l&#8217;humanité avec une lucidité parfaitement assurée, ce qui conférait à sa littérature une part de vérité difficilement contestable. L&#8217;ensemble était secoué de questions profondes et pertinentes : Qui sont les exclus du sexe libéré et des plaisirs constants, dans un monde où le désir et le nihilisme ont pris des formes impératives ? Comment survivent-ils ? La morale peut-elle se frayer un chemin dans le chaos ? Comment l&#8217;humanité affronte-t-elle le deuil de l&#8217;espérance de la vie éternelle, depuis que Dieu a été réduit au silence ?<br />
Emma commençait à se montrer curieuse de mes lectures. Je lui racontais brièvement « Les particules élémentaires » et lui lisais quelques passages que j&#8217;appréciais particulièrement. Elle ricanait, comme si tout cela n’avait pas d’importance, et concluait : « Dis donc, il est cynique ton bonhomme. » Un jour, alors que nous dinions ensemble, Emma profitait d&#8217;un silence pour dire : « Je l&#8217;aime pas trop ton Houellebecq. » En cachette, elle avait commencé « Extension du domaine de la lutte », sans parvenir à en achever la lecture. Elle confessait avoir pleuré à plusieurs reprises. « On ne peut pas lire un livre de ce mec sans y laisser des plumes », avait-elle dit. Et je n&#8217;avais pas trouvé de réponse. J’étais seulement honteux qu’elle ait éclaboussé son monde de contes de fées, plus ou moins par ma faute. Légèrement courbée derrière son assiette, Emma avait alors porté sur moi un regard que je ne lui connaissais pas. Un regard suspicieux. Il vint se planter à l&#8217;intérieur de moi, là où je ne l&#8217;attendais pas. Là où il faisait le plus mal.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Nous étions maintenant ensemble depuis plus d&#8217;un an. Le stage d&#8217;Emma s&#8217;était transformé en un emploi qui correspondait parfaitement à ses attentes. Nos vies mises en commun s&#8217;accordaient harmonieusement. Néanmoins, par épisodes furtifs, je commençais à me montrer las de notre relation. Sans pour autant être capable de formuler une explication intelligible à cette mutation soudaine de mes sentiments. Emma avait beaucoup trop peur de ce que cela pouvait signifier pour me le reprocher. Mais tous les deux, nous pressentions qu&#8217;il y avait une fuite quelque part, que notre bonheur foutait le camp.<br />
J&#8217;étais bien évidemment coupable, car l&#8217;appel d&#8217;air venait de mon côté. Dans la rue, je commençais à regarder les jolies filles avec insistance et j&#8217;imaginais ma vie sans Emma. Quand nous faisions l&#8217;amour, je peinais de plus en plus à ouvrir en elle la « porte de lumière ». Nos ébats se transformaient en rapports sexuels muets. C&#8217;était foutu et définitif. Notre amour avait perdu tout son joli ramage. Je l&#8217;avais déplumé.<br />
Alors je quittais Emma parce que, de toute évidence, j&#8217;avais déserté notre bulle. Et je brisais son coeur comme plus jamais je n&#8217;espère briser d&#8217;autres coeurs. Après notre rupture, Emma enrageait de ne trouver d&#8217;explications à ma retraite. Plusieurs fois, elle me qualifiait de « type triste », de « coeur froid », ce qui me semblait injuste au regard de l&#8217;amour véritable que je lui avais porté. Un soir au téléphone, elle osait même un : « Tu es comme ton Houellebecq : fasciné par la merde. » Encore un fois, je n&#8217;avais su trouver de réponse.<br />
Bien sûr, ce n&#8217;était pas sa lecture d&#8217;« Extension du domaine de la lutte », ou même la mienne, qui avait déclenché la ruine de nos sentiments. En revanche, ma fascination pour l&#8217;oeuvre de Houellebecq avait peut-être révélé à ses yeux un morceau de nuit noire qui m’appartenait. Une part d’ombre sur laquelle je ne pourrais supporter son regard.<br />
Plus vraisemblablement, Emma s’en foutait des domaines de la lutte et des possibilités d’une île. Elle voulait seulement jouer avec son chat et être aimée en paix. En somme, Emma avait trouvé une recette pour le bonheur. Et elle s&#8217;en contentait. Alors que moi, le bonheur, je le poursuivais. Aux abois.</span></p>
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		<title>Exégèses adolescentes 2</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Aug 2006 14:21:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Shlomo di Metro</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Au collège, ma principale hantise était « d&#8217;aller au tableau ». Plutôt bon élève, j&#8217;étais un petit enfant timide. Je chérissais les professeurs adeptes des cours magistraux, statiques et ennuyeux. J&#8217;abohrrais ceux qui partageaient la craie. Souvent, les profs de mathématiques étaient les plus sadiques. Ils n&#8217;hésitaient pas à convoquer un élève au tableau pour résoudre un [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=15&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Au collège, ma principale hantise était « d&#8217;aller au tableau ». Plutôt bon élève, j&#8217;étais un petit enfant timide. Je chérissais les professeurs adeptes des cours magistraux, statiques et ennuyeux. J&#8217;abohrrais ceux qui partageaient la craie. Souvent, les profs de mathématiques étaient les plus sadiques. Ils n&#8217;hésitaient pas à convoquer un élève au tableau pour résoudre un Da Vinci Code de fractions périlleuses. Moi, j&#8217;étais mauvais en maths. Très mauvais. J&#8217;aimais jouer avec les chiffres, mais je refusais la logique et toutes ses conventions. Ainsi j&#8217;inventais des formules et des théorèmes en forme d&#8217;alambics. Mes équations trouvaient en conséquence des issues fantaisistes dont j&#8217;étais pourtant satisfait. Sauf qu&#8217;au tableau, il est quand même mieux vu d&#8217;afficher le bon résultat. Sous peine de remontrances publiques, voire même de mauvaise note. Chaque passage sur l&#8217;estrade se transformait donc en humiliation. Et quand je sentais murir des vélléités d&#8217;appel au tableau chez un professeur, je me recroqueviillais sur mon pupitre, petit tout petit. Invisible.<br />
Ainsi, les cours de sport représentaient une forme de récréation, pour l&#8217;excellente et simple raison qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de tableau dans les gymnases. Néanmoins, eux aussi recelaient leurs moments de torture : Les sessions de gymnastique au sol par exemple. Inconsciente, l&#8217;Education Nationale demande ainsi aux élèves d&#8217;éxécuter roulades, pirouettes et autres saltos. Quelque directive abherante stipule certainement l&#8217;importance fondamentale pour l&#8217;enfant de « l&#8217;appréhension de son corps dans l&#8217;espace ». Mais moi, j&#8217;avais du mal à appréhender l&#8217;espace autrement que bien campé sur mes deux jambes. Alors les triple boucles piquées&#8230; En classe de troisième, il nous était par exemple demandé de prendre de l&#8217;élan sur une dizaine de mètres, de rebondir ensuite sur un trampoline avant de voler quelques secondes en d&#8217;acrobatiques cascades. Oh, certains s&#8217;en sortaient très bien. Pas moi. Quand venait mon tour, deux solutions s&#8217;imposaient. Un : Ecraser le trampoline de toutes mes forces après la course d&#8217;élan, puis espérer une manoeuvre gracieuse mais involontaire. Deux : Invoquer une blessure. J&#8217;optais pour la seconde le plus souvent possible.<br />
Les sports collectifs me semblaient beaucoup plus confortables. En effet, pendant les matches de foot ou de hand, je choisissais le poste impliquant le minimum de contacts avec le ballon. Arrière gauche en général. Et je tenais mon poste avec application, en paix. Dans mon coin du terrain, j&#8217;attendais les actions de jeu qui venaient rarement jusqu&#8217;à ma zone. Et c&#8217;était bien comme ça. Parfois, j&#8217;osais une intrusion vers le camp adverse. A une ou deux reprises pendant ma scolarité, je marquais même un but, à la surprise générale.</font></font></p>
<p><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Au lycée, la donne avait changé. J&#8217;étais plus ou moins débarrassé de ma phobie du tableau noir. Et les professeurs de mathématiques, conscients de ma nullité crasse et persistante, m&#8217;épargnaient en général. En revanche, les cours de sport devenaient de plus en plus problématiques. Depuis le collège, les élèves avaient grandi. Leur esprit de compétition avec eux. Les cours de sport tenaient donc lieu de redoutable épreuve de virilité. Dans les vestiaires, il fallait parler fort et fouetter les plus faibles avec son survêtement sale. Malin, je concrétisais d&#8217;habiles alliances (avec des redoublants) et résistais convenablement. Sur le terrain en revanche, mes difficultés persistaient.<br />
Les matches de foot avaient pris une importance fondamentale. Ils étaient un petit théâtre dont les représentations avaient pour but d&#8217;impressionner les filles, assises au bord de l&#8217;aire de jeu. Il fallait se dépenser sans compter, briller par son adresse car nos petites camarades prenaient bonnes notes de chacun de nos gestes. Toujours aussi médiocre balle au pied, je trouvais quand même un moyen de m&#8217;illustrer, lors des phases de jeu les plus dangereuses. J&#8217;étais donc de tous les traquenards, tous les chocs. Dès qu&#8217;un coup franc était accordé à l&#8217;équipe adverse, je prenais immédiatement place dans le mur, la rangée de joueurs empêchant le tireur de trouver le meilleur angle de frappe. Ainsi, j&#8217;avais une chance de voir le ballon me heurter en plein visage ou dans le ventre, et d&#8217;obtenir un rappatriement immédiat au bord du terrain. Là, les filles,  admiratives, me prodiguaient les plus douces attentions. J&#8217;étais le héros courageux qui n&#8217;avait pas cillé à l&#8217;heure du sacrifice.<br />
En classe de terminale, je devais relever encore un nouveau défi. En vue de l&#8217;évaluation finale comptant pour le baccalauréat, il nous était demandé de choisir deux disciplines. Après une réflexion intense, je me décidais pour la course d&#8217;endurance et le lancer du poids. L&#8217;endurance ne me posait aucun problème. Je figurais même parmi les meilleurs éléments de ma classe, prenant tours sur tours aux redoublants fumeurs. Pour le lancer du poids, c&#8217;était une autre affaire. Très vite, je réalisais l&#8217;inconscience de mon choix. Relativement chétif, je n&#8217;avais aucune chance de propulser la boule de fonte suffisamment loin pour obtenir une bonne note. De plus, le mouvement aboutissant au jet du poids impliquait une accélérationt rotative et rapide. Pour des raisons esthétiques évidentes, la manoeuvre était strictement inconciliable avec ma coupe de cheveux de l&#8217;époque (voir <a href="http://shlomodimetro.wordpress.com/2006/07/07/hello-world/" target="_blank">Exégèses adolescentes 1</a>). Ma cloche se transformait en toupie capillaire ridicule. Le tout ponctué en général d&#8217;un jet minable. Un jour de vigueur exceptionnelle, je parvenais à lancer le poids à un plus de deux mètres cinquante. Je sauvais ainsi l&#8217;honneur en obtenant un 9/20&#8230; </font></font></p>
<p><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Après le lycée, je n&#8217;étais pourtant pas arrivé au bout de mes peines. A l&#8217;université, je décidais de me confronter une dernière fois aux supplices du gymnase. L&#8217;année de ma licence, je m&#8217;inscrivais donc à une U.V. de boxe française. La discipline était intéressante, elle demandant résistance, coordination et tonicité. Les dizaines de ballons pris dans la figure au lycée m&#8217;avaient doté d&#8217;une faculté exceptionnelle à encaisser les coups de poings. Et mon jeu de jambe était souvent pris comme exemple par notre professeur, qui m&#8217;avait même surnommé « la machine à coudre », tellement je tricotais bien des pieds. Tout se déroulait pour le mieux. Je prenais ma revanche avec les cours de sport, je soldais mon compte.<br />
Le jour de l&#8217;évaluation, j&#8217;étais donc à l&#8217;apex de la confiance. Rien ne pouvait m&#8217;arriver, j&#8217;allais enfin quitter le gymnase la tête haute. Avant de monter sur le ring, je tirais au sort le nom de mon adversaire. Il s&#8217;appelait Julien. Un gros roux, peu mobile, avec une force de frappe certaine, mais qui ne devait pas me poser problème. Seul hic, Julien était grand, ce qui a son importance en boxe française. On appelle ça l&#8217;allonge : plus les bras sont longs, plus les coups sont faciles à donner. Et c&#8217;est bien l&#8217;allonge de Julien qui allait me perdre. J&#8217;avais beau lancer la macine à tricoter, rien n&#8217;y faisait, je prenais les droites et les gauches de Julien sans pouvoir réagir. Le professeur avait beau m&#8217;encourager, j&#8217;étais retranché dans les cordes. Battu, humilié, sous une pluie de poings, je laissais filer les ultimes secondes de mon tout dernier cours de sport.</font></font></p>
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		<title>Eleven is when we waved goodbye</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Jul 2006 15:21:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Shlomo di Metro</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[« Nous vivons dans les ruines du futur. » Maurice G. Dantec, in Les Racines du Mal. Il y a un truc avec le 11 septembre : C&#8217;est un événement magnétique. Un jalon, un point de rupture. Il attire les souvenirs, les commentaires, les points de vue en tous genres. Je me rappelle très bien de ce [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=10&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">« Nous vivons dans les ruines du futur. »</font></font></i><br />
<font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Maurice G. Dantec, in Les Racines du Mal.</font></font></p>
<p><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Il y a un truc avec le 11 septembre : C&#8217;est un événement magnétique. Un jalon, un point de rupture. Il attire les souvenirs, les commentaires, les points de vue en tous genres.<br />
Je me rappelle très bien de ce que je faisais le 11 septembre. Il paraît qu&#8217;on se rappelle toute sa vie de ce que l&#8217;on faisait au moment où les plus grands faits d&#8217;actualité se produisent. Le 11 septembre, je regardais un film : &laquo;&nbsp;Boogie Nights&nbsp;&raquo;, de Paul Thomas Anderson. J&#8217;avais beaucoup aimé.<br />
Et puis maman étaie venue et avait dit : &laquo;&nbsp;Tu as vu ce qui s&#8217;est passé ?&nbsp;&raquo; Je n&#8217;avais pas vu ce qui s&#8217;était passé. &laquo;&nbsp;Viens voir à la télé.&nbsp;&raquo; A la télé, il y avait l&#8217;image connue de la tour Nord du World Trade Center, touchée en son sommet. Comme une clope géante crachant sa sale fumée. C&#8217;était inquiétant tout de même. Un avion dans une tour, ce n&#8217;était pas commun. C&#8217;était extraordinaire, au sens propre du terme. Un accident sûrement. Le présentateur évoquait un avion, un avion de ligne. « Un infarctus dans le cockpit, probablement », me disais-je. Il était aussi question d&#8217;un éventuel attentat. Mais ça, franchement, c&#8217;était bien étonnant. Qui aurait pu planter un avion dans le World Trade Center ? Quelles mauvaises intentions auraient pu motiver une entreprise aussi violente ? Allons bon&#8230;<br />
Plus tard, une goutte perlait sur le front du présentateur. Un deuxième avion venait se ficher dans la tour Sud, un autre sur le Pentagone, un dernier s&#8217;écrasait dans la campagne de Pennsylvanie. Tout s&#8217;écroulait. L&#8217;événement, déjà exceptionnel, devenait drame. En quelques heures, un fait historiqué s&#8217;était construit, comme un bubon qui gonfle au beau milieu d&#8217;une frise chronologique.<br />
Les symboles se mêlaient aux bilans. La chute et son écho interminable. Les corps vaporisés dans ce tonnerre d&#8217;acier. <a href="http://www.september11victims.com/september11victims/victims_list.htm" target="_blank">2986 morts</a>. Chacune de ces victimes, chaque être humain carbonisé, chaque homme se jetant d&#8217;une des tours, chaque innocent broyé, chacuns des derniers mots glissés au téléphone : Tout était partie du symbole. Tous, dans leur dernier souffle, hurlaient le drame et l&#8217;Histoire.<br />
Et l&#8217;Histoire, ça faisait un moment qu&#8217;on y avait pas vraiment été confrontés, aussi violemment. Il y avait pourtant eu les guerres en ex-Yougoslavie. Les croates, les serbes, les bosniaques, les monténégrins&#8230; C&#8217;était bien compliqué. D&#8217;ailleurs, les intellectuels vasouillaient. Les politiques aussi. Audacieux comme à son habitude, Bernard-Henri Levy posait avec Alija Izetbegovic. Une posture hasardeuse parmi tant d&#8217;autres. Pourtant, c&#8217;était une guerre importante. Comme toutes les guerres, c&#8217;était l&#8217;ébauche des périls à venir. Un conflit ethnique et religieux en Bosnie par exemple. 300 000 morts pour un nouveau symbole, un embryon de clash des civilisations.<br />
Tous ceux qui ont prédit <font face="Times New Roman, serif"><font size="3">« L</font></font>a fin de l&#8217;Histoire<font face="Times New Roman, serif"><font size="3"> »</font></font> se sont plantés. Hegel s&#8217;est planté après la bataille d&#8217;Iéna. Fukuyama s&#8217;est planté après la chute du mur de Berlin. Le 12 septembre 2001, on pouvait pronostiquer qu&#8217;aucun intellectuel n&#8217;annoncerait « La fin de l&#8217;Histoire » avant un moment. Ce qui n&#8217;empêcha pourtant pas d&#8217;entendre un joli ramassis d&#8217;âneries. D&#8217;abord, il y avait les estomacs trop pleins d&#8217;acidité. Le 11 septembre, ils avaient jubilé. L&#8217;Irak de Saddam Hussein avait félicité Al Qaeda pour son opération. Plus proche de nous, le répondeur de Daniel Mermet sur France Inter nous apprenait que les américains l&#8217;avaient bien cherché. Une dame expliquait même que c&#8217;était bien joli le 11 septembre, mais qu&#8217;il fallait aussi penser aux pauvres non-américains qui allaient subir force tracas dans le métro à cause du plan Vigipirate (la preuve <a href="http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=633" target="_blank">ici</a>). Il y avait aussi les halucinés, convaincus d&#8217;un complot interplanétaire, d&#8217;une effroyable imposture. Ils passaient à la télé ceux-là, sur les canaux du service public. Il y avait les excités, qui se tourmentaient à chercher des coupables inattendus. Ils nous expliquaient qu&#8217;Hitl&#8230; pardon, George W. Bush était vraiment un salaud. Images à l&#8217;appui : « Tu sais ce qu&#8217;il faisait le président américain le 11 septembre ? Et ben il lisait un bouquin avec des gosses ! » L&#8217;enculé. Il pouvait pas monter dans un F-16 et niquer les terroristes, comme au cinéma ? Bref, les excités s&#8217;appelaient en général Michael Moore. Enfin, il y avait ceux qui ont toujours raison : Ceux qui s&#8217;en foutent.<br />
J&#8217;ai peut-être tort, mais je n&#8217;arrive pas à m&#8217;en foutre. Depuis 2001, l&#8217;Histoire est au turbin. Elle nous rappelle sa vigueur à coups de bombinettes éparses. Le 11 septembre n&#8217;a rien perdu de son magnétisme. Il gronde encore de commentaires et de points de vue variés. On en fait même des films. J&#8217;ai vu celui de Paul Greengrass sur le vol 93, le dernier avion à s&#8217;être écrasé. Le film est moyen. Il vaut principalement pour sa face documentaire. Dans la salle de projection, il y avait un jeune homme, installé dans le rang derrière le mien. Au moment du second impact, plutôt habilement amené dans le film, le jeune homme a rigolé. Ce n&#8217;était pas un rire nerveux, c&#8217;était un rire idiot, malodorant. Un rire qui n&#8217;avait pas droit de cité, à ce moment précis. Un rire symbole. Et le jeune homme quittait la salle avant la fin du film. Il devait probablement avoir une carte d&#8217;abonnement au cinéma&#8230;<br />
En septembre prochain, je serai aux Etats-Unis. A New York le 11. J&#8217;irai sûrement voir Ground Zero. Je me tiendrai sur le sol aujourd&#8217;hui poli d&#8217;une ruine toujours aussi magnétique. Juste un cratère, sur terre.</font></font></p>
<p>
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		<title>Exégèses adolescentes 1</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Jul 2006 11:45:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Shlomo di Metro</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[A quatorze ans, je participais à ma toute première boum. C&#8217;est Jean-François qui invitait. Je connaissais bien son appartement. C&#8217;est ici que j&#8217;avais posé les principaux jalons de mon début d&#8217;adolescence : Jets de préservatifs remplis d&#8217;eau, visionnages répétés de films pornographiques, création d&#8217;un groupe de hard-rock éphémère&#8230; Chez Jean-François, j&#8217;étais donc en terrain conquis. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=shlomodimetro.wordpress.com&amp;blog=295420&amp;post=1&amp;subd=shlomodimetro&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A quatorze ans, je participais à ma toute première boum. C&#8217;est Jean-François qui invitait. Je connaissais bien son appartement. C&#8217;est ici que j&#8217;avais posé les principaux jalons de mon début d&#8217;adolescence : Jets de préservatifs remplis d&#8217;eau, visionnages répétés de films pornographiques, création d&#8217;un groupe de hard-rock éphémère&#8230; Chez Jean-François, j&#8217;étais donc en terrain conquis. Tout allait bien se passer.</p>
<p>A l&#8217;époque, la quasi totalité de mon existence était tournée vers deux objectifs, qui brillaient comme des torches puissantes dans la nuit acnéïque de ma vie :</p>
<p>1. Ressembler à Kurt Cobain.<br />
2. Sortir avec une meuf.</p>
<p>Explications. J&#8217;avais passé le crépuscule de mon enfance à me déguiser en <a href="http://andresite.mutant.homeip.net/LOOK/bestof/photo09.htm" target="_blank">André Agassi</a>, à l&#8217;occasion de tournois de « air tennis » (une variante sans balle et en solo du tennis classique). Après avoir remporté trois Grand Chelem d&#8217;affilée dans cette discipline (record inégalé), l&#8217;adolescence pointa le bout de son nez purulent. Je décidais d&#8217;échanger le Kid de Las Vegas contre une idole plus subversive, encore plus rock &#8216;n roll. D&#8217;abord, je jetais mon dévolu sur <a href="http://www.wildaxes.com/images/Axl-Rose.jpg" target="_blank">Axl Rose</a>, le chanteur des <a href="http://opioids.com/heroin/guns-n-roses.jpg" target="_blank">Guns &#8216;n Roses</a>. Mais la tâche s&#8217;annonçait ardue. Je n&#8217;étais pas assez roux et, malgré tous mes efforts, il s&#8217;avérait quasi impossible de se procurer le mini short en spandex blanc pourtant indispensable à ma panoplie. Très vite, l&#8217;évidence s&#8217;imposait à moi : Axl Rose était encore un peu trop rock &#8216;n roll pour mes quatorze ans. Ainsi, j&#8217;optais pour une autre rock star du moment : Kurt Cobain. Etant brun, le défi capillaire s&#8217;annonçait tout aussi difficile à relever. Mais pour ce qui est du look, la liste de fournitures était nettement moins ambitieuse. Je laissais donc pousser mes cheveux, réformait mes raquettes et mes polos, et constituait une nouvelle garde robe de T-shirts délavés, chemises de bucheron et autres jeans troués. Le résultat n&#8217;était pas tout à fait à la hauteur de mes attentes. Epais et rebelles, mes cheveux faisaient ce qu&#8217;ils voulaient. Et malgré l&#8217;instauration du programme « Un shampoing par mois », je peinais à obtenir un carré parfaitement gras comme celui de <a href="http://www.biografiasyvidas.com/biografia/c/fotos/cobain_kurt_2.jpg" target="_blank">Kurt Cobain</a>. Ma chevelure formait plutôt une cloche difforme venant coiffer un visage encore enfantin. Régulièrement, les commerçants m&#8217;appelaient donc « Mademoiselle » et anéantissait l&#8217;embryon de virilité bien caché en moi. Et pourtant, je persévérais. Je me sentais même globalement cool.</p>
<p>Il était donc temps de réaliser mon second objectif : Sortir avec une meuf. Jusqu&#8217;ici, il faut reconnaître que les grands travaux n&#8217;avaient pas commencé. Tout juste avais-je furtivement embrassé une fille, lors d&#8217;un jeu intitulé « Actions, vérités ». J&#8217;étais logiquement resté sur ma faim. Après de longues séances de roulage de pelles à Panthera (ma peluche féline favorite), j&#8217;étais pourtant fin prêt. Mais il me fallait une petite copine. Ma première boum était l&#8217;occasion idéale de m&#8217;essayer aux jeux de langues avec un partenaire humain.</p>
<p>Les filles et les garçons les plus cool du lycée étaient présents chez Jean-François. Pour la plupart d&#8217;entre eux comme pour moi, c&#8217;était le baptême de boum. L&#8217;assistance était donc relativement mal à l&#8217;aise et maladroite. Des garçons essayaient d&#8217;ouvrir des bouteilles de bière, pendant que les filles formaient des grappes gloussantes autour des canapés. Dieu merci, j&#8217;avais réussi à dompter ma cloche de cheveux grâce au pouvoir lustrant de plusieurs tubes de Pento. Et l&#8217;ambiance montait progressivement.</p>
<p>Dans un coin du salon, mes meilleurs amis étaient réunis et nous discutions dans un joli brouhaha de voix qui muent. Contrairement à la plupart des convives, j&#8217;avais décidé de ne pas boire d&#8217;alcool. Je souhaitais garder le contrôle. Et comme il s&#8217;agissait ce soir de rouler un maximum de pelles, il était hors de question de risquer l&#8217;ivresse et de me priver de ce nouveau plaisir. J&#8217;avais d&#8217;ailleurs déjà repéré celle qui pourrait devenir « ma meuf ». Elle s&#8217;appelait Louise. Une jolie brune avec deux mèches violettes qui lui tombaient sur les yeux. Nous étions dans la même classe. Et quand j&#8217;avais la chance d&#8217;être assis à côté d&#8217;elle pendant tel ou tel cours, nous échangions des petits mots, qui n&#8217;avaient rien de billets doux, mais que j&#8217;estimais pourtant très prometteurs. A vrai dire, je craquais complétement pour Louise. Tout rêveur que j&#8217;étais, il m&#8217;arrivait de m&#8217;endormir en pensant à elle et à toutes les douces activités dont nous pourrions profiter une fois qu&#8217;elle serait enfin « ma meuf » : Balades romantiques au jardin du Luxembourg, roulages de pelles sur un banc public ou dans un cinéma etc. Au bout de quelques semaines, je m&#8217;imaginais déjà m&#8217;aventurant dans son soutien-gorge. Nous serions amoureux transis, Louise et moi.</p>
<p>Pleutre et timide, j&#8217;étais beaucoup plus audacieux dans mes rêveries que dans la vie. Alors, je décidais de passer par une intermédiaire pour faire part à Louise de mes véléités : Colombe, une amie, serait mon messager. Je la chargeais de la mission suivante : « Dis lui que je suis amoureux d&#8217;elle et que j&#8217;aimerais qu&#8217;on sorte ensemble ce soir. » Ce n&#8217;était ni très fin, ni très convaincant, mais je débutais tout juste ma carrière de séducteur et mon vocabulaire amoureux était encore très limité. Coopérative, Colombe promettait de s&#8217;exécuter, dès qu&#8217;elle en aurait l&#8217;occasion.</p>
<p>Entouré de ma garde rapprochée de copains, j&#8217;attendais le moment fatidique avec angoisse. Quelque part, un adolescent rotait sa première bière. Sur le balcon, Jean-François tripotait son <a href="http://www.ordiworld.com/doc/images/dossier/kobby.gif" target="_blank">Kobby</a>. Plus loin, un couple entamait un coït de langues. Bientôt, ça serait mon tour. Première boum, première pelle. J&#8217;étais sur le bon chemin. Il me menait tout droit vers Louise.</p>
<p>Lucas, un redoublant diablement cool (comme tous les redoublants), me vantait les mérites du skateboard. Je l&#8217;écoutais avec intérêt (plus tard, je déciderai d&#8217;ailleurs de ressembler au skateur <a href="http://www.alamasse.free.fr/Photos/Tony%20Hawk%20gotmilk.jpg" target="_blank">Tony Hawk</a>), tout en gardant un oeil sur Colombe qui s&#8217;approchait de Louise. Alors que mon interlocuteur tentait de me faire comprendre les principes fondateurs du « <a href="http://flipskate.free.fr/Images/flip2.jpg" target="_blank">ollie flip</a> » (que je ne maîtriserai d&#8217;ailleurs jamais vraiment, même pendant ma période Tony Hawk), Colombe s&#8217;entretenait maintenant avec Louise. Les dés étaient jetés. Fébrile, je plaquais les pans de ma raie au milieu puis écartais Lucas pour focaliser mon attention sur l&#8217;acte crucial qui venait de commencer.</p>
<p>Mais là où Louise aurait du esquisser un sourire gêné puis rougir, son visage n&#8217;était que rictus traduisant un dégoût amusé. Je perdais définitivement tout espoir quand le rictus se transformait en éclat de rire. Tout était consommé. Louise ne voudrait pas de moi. Ma première boum ne serait pas le théâtre de ma première amourette.</p>
<p>« Le week-end dernier, j&#8217;ai ridé un spot trop puissant avec des potes. » Lucas continuait son topo sur le skate. Mais je ne l&#8217;écoutais plus. Je n&#8217;entendais que mon coeur qui gueulait sa déception encore et encore. Colombe s&#8217;approchait de moi. « Je suis désolée&#8230; », dit-elle. Fier, je lui répondais : « M&#8217;en fous. De toute façon, j&#8217;ai déjà une meuf&#8230; » Elle me prit doucement dans ses bras, sans rien dire. Je ne souhaitais plus rien d&#8217;autre que m&#8217;en aller et ne penser à rien, écouter des musiques tristes et m&#8217;endormir à jamais. Je voulais me raser la tête et redevenir un enfant.</p>
<p>Reprenant mes esprits, j&#8217;annonçais à mes amis qu&#8217;une autre fête m&#8217;attendait et qu&#8217;il me fallait les abandonner maintenant. Un prétexte que j&#8217;utiliserai ensuite régulièrement, toute au long de ma vie, pour échapper à des mondanités ennuyeuses. Mon annonce ne manqua pas d&#8217;impressionner tout le monde et même Lucas, le redoublant. Deux fêtes dans une soirée, ça en jette quand on a quatorze ans. Devant la porte, je croisais le regard de Louise qui, elle, savait qu&#8217;aucune autre boom ne m&#8217;attendait ailleurs. Qui, elle, savait que je fuyais pour éclipser mon premier coeur brisé.</p>
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